Plage gay Miami, on peut légitimement se poser la question, tout au moins en France.

Alors que le mariage gay est légalisé dans plusieurs pays du monde, alors que la discrimination est théoriquement, sinon inexistante, en tous cas illégale dans notre pays et beaucoup d’autres, alors que les mentalités ont très largement changé dans la population, et même si c’est loin d’être parfait, la situation des gays a évolué, plutôt dans le bon sens, depuis 30 ans…

Alors, que signifie encore aujourd’hui « voyager gay » ?

Du point de vue des Anglo-saxons, voyager gay est une habitude bien ancrée depuis de nombreuses années, avec des tour-opérateurs puissants et efficaces qui ont les premiers développé un réel savoir faire dans ce domaine.

Chez les Allemands et les Scandinaves aussi, plus sans doute pour ces derniers, le fait de vivre sous des latitudes nordiques, pouvoir s’exiler sur les rives chaudes des pays du sud de l’Europe est un délice particulier qui a favorisé le tourisme dit « de masse », vers l’Espagne ou la Grèce ; et une fois sur place, on se regroupe naturellement par affinités, dans les clubs et ambiances qui correspondent à chacun.

Aux Etats-Unis c’est un peu différent, mais le principe est le même, après les mouvements d’émancipation des gays dans les années 70, il s’agissait de se retrouver entre amis partageant les mêmes goûts. Difficile d’imaginer un jeune couple gay venir passer des vacances dans un club familial de Miami Beach dans les années 70 ou 80, même si cela existait sans doute, on comprend que les gays, en couple, entre amis ou seuls, préféraient se retrouver entre eux ne serait-ce que pour des questions de discrétion.

Les plus importants tour-opérateurs gays sont des croisiéristes Américains, comme Atlantis Events ou Olivia. En Europe, la plupart des agences de voyages apparues dans les années 80/90 et qui ont lancé le tourisme gay ont pratiquement toutes disparu (en France : Eurogays ou Attitude Travels, en Grande Bretagne : Man Around ou Respect Holidays). Aujourd’hui les gays utilisent principalement l’outil Internet, les agences fleurissent sur la toile, mais c’est au détriment de l’accueil qui n’existe plus. D’autre part, les agences ou opérateurs dits « classiques » ont commencé à étendre leur gamme vers la clientèle gay, timidement mais sûrement.
Chueca, Madrid

Les Français et les latins en général ont toujours été un peu plus réfractaires au tourisme « de masse », les gays ne font pas exception : ils y viennent sur la pointe des pieds, la crise aidant, si l’on peut dire, car ce style de tourisme offre des avantages non négligeables en termes de tarifs. Cependant, ils restent très frileux.

De fait, la communauté étant « supposée » disposer de plus de moyens, ou de plus de temps, ou tout simplement privilégiant les budgets vacances, on a vu, dans les années 90, se développer les destinations gays auprès du public français ; le concept est resté largement dominé par les Anglo-saxons et peu ou pas de Français sont présents sur le marché. Et même si l’on prend l’exemple de la Grande Canarie, spot gay principal en Europe, presque tous les clubs et commerces gays sont gérés par des Allemands, des Anglais ou des Scandinaves, et sont adaptés aux goûts de leurs compatriotes. Les touristes français sont présents mais largements minoritaires.

 

Pourquoi choisir un hôtel ou un club de vacances gay ?

  • La première motivation est bien sûr : pour ne pas se sentir discriminé, à tort ou à raison peut-être, en principe, dans un club gay, on est tranquille de ce point de vue, pas de mauvaises surprises ( ce qui ne signifie nullement qu’aucune forme de discrimination n’existe chez les gays, mais en tous cas, elle est d’un autre ordre. ). Que ce soit pour la bronzette en couple autour de la piscine, un dîner aux chandelles, ou inviter une rencontre d’un soir, dans un club gay, en général, ce sont des choses qui vont de soi, et qui sont même parfois mises en avant comme argument commercial.
  • Une autre raison est que dans les clubs gays, pour la plupart sinon tous, il n’y a pas de familles avec enfants (même si cela va évoluer, on commence maintenant à trouver des clubs « familles », mais qui restent assez confidentiels et essentiellement féminins); de plus, si la majorité d’entre eux est mixte, un certain nombre est réservé uniquement soit aux garçons ( ex : Villas Blancas, Pasion Tropical,et beaucoup d’autres à Grande Canarie ), soit aux filles ( ex : le croisièriste Olivia ), et l’ambiance y est assez différente.
  • Nous y voyons aussi un certain sens de la fête propre à beaucoup de gays, si vous avez fréquenté des pool parties ou des soirées mousse, ou à thème, vous comprenez ce que l’on veut dire, sans être une généralité bien entendu, ça rentre en ligne de compte. Les clubs et hôtels gays sont aussi souvent tout proches des quartiers animés où sortir le soir.
  • Les gays, même s’ils ne se connaissent pas, et même s’ils viennent de pays différents, se trouvent fréquemment des affinités, en termes de gôuts, de mode, de musique, de cinéma, il existe aussi certaines références, des codes, qui sont communs à beaucoup d’entre nous dans différents pays, une façon de vivre, de parler, de rire ou de partager des complicités, des expressions, une certaine forme d’humour également, ce qui tisse des liens plus rapidement.
  • Enfin, nous croyons que les rencontres sont aussi un point essentiel. Les gays, qu’ils voyagent seuls ou en couple, voire même en groupe d’amis, aiment sortir, faire la fête, mais aiment surtout faire des rencontres, occasionnelles, pour un soir, une semaine ou une vie. Certains opérateurs ou sites de voyages n’hésitent pas à suggérer, voire même à proposer des chambres à partager, notamment sur les croisières ( trouver partenaires de croisieres ).

 

«Voyager gay », finalement, qu’est ce que ça veut dire ?

Nous pensons que ces points sont des moteurs importants du tourisme gay, particulièrement en club ou en croisière, et sont assurément des caractéristiques que nous recherchons et attendons, pour la majorité en tous cas, lorsque nous choisissons ces destinations.

De nombreux détracteurs du tourisme gay – beaucoup d’entre eux gays eux-mêmes d’ailleurs – avancent l’argument que voyager gay serait une sorte d’auto-discrimination, une ghettoïsation… c’est un point de vue que nous ne partageons pas car se décider pour un établissement gay reste un choix très restreint, l’offre touristique propose en définitive très peu de clubs gays, L’autre argument souvent avancé serait que « 100% gay » signifierait que c’est interdit aux autres, ce qui est absurde, quand vous réservez un club gay d’une part vous savez ce que vous réservez, d’autre part personne ne viendra « vérifier » si vous êtes gay ou non, et d’ailleurs si vous ne l’êtes pas, peu importe !

et puis, il ne faut pas oublier que 99,99% des offres proposées par le secteur touristique sont ouverts à tous…

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Si une certaine clientèle gay a commencé à voyager et à souhaiter se retrouver dans des clubs ou des croisières spécialement conçues pour elle, souvent pour des raisons de discrétion ou de discrimination, ces habitudes se sont aujourd’hui installées et bien ancrées, au point que le tourisme gay est devenu une véritable « niche » commerciale avec sa clientèle fidèle, ses évènements festifs, et ses infrastructures et ambiances bien spécifiques, qu’on retrouve difficilement ailleurs. Les offres – proposées essentiellement via Internet – ont explosé, peut-être au détriment de l’accueil et du « vrai » conseil…

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