Chris Verdugo, Directeur Exécutif de l’association Gay Men’s Chorus de Los Angeles (http://gmcla.org/gmcla3/), nous explique pourquoi les Cubains sont parmi les gens les plus chanceux du monde. Mon père a quitté Cuba en juin 1962. La Révolution s’intensifiait, et comme ils faisaient partie de «l’Opération Peter Pan», un programme développé par l’église catholique dont elle dément encore l’existence aujourd’hui, mes grand-parents l’ont mis dans le dernier vol de la Lufthansa qui a quitté Cuba un beau matin. Il était un très jeune garçon, mon père attendra plusieurs années avant de revoir ses parents. Il n’est jamais revenu. Plusieurs dizaines d’années plus tard, je suis devenu le premier de ma famille à revenir dans l’île, et si je m’étais écouté, j’y serais resté, à peine quelques minutes après être arrivé. Mon père est fier, FIER de sa patrie, de la même manière que moi je suis FIER d’être un membre de la communauté LGBT. La fierté n’est pas un vain mot pour les Cubains, et pour nous la famille Verdugo. Tout au long de toutes ces années, mon père s’est beaucoup épenché sur le Cuba qu’il a connu il y a 50 ans de cela, et il a partagé ses souvenirs de Camaguey, la ville dans laquelle il a grandi. Il nous a raconté des histoires sur nos cousins, mais la plupart du temps, il s’étendait sur la beauté de cette immense île. Les eaux cristallines, les plages désertes, la pêche, la musique et le peuple. Notre peuple. J’ai grandi à Miami, (dans le quartier de Little Havana) entouré de mes compatriotes et leur sens de la fête, leur couleur, leur musique, leur passion, leur culture sexy. Toutefois, quelque chose ne marchait pas dans mon cas. Mes parents ont divorcé quand j’avais deux ans, et j’avais très peu d’occasions de profiter de mon héritage cubain à la maison. Bien qu’attiré de toute mon âme vers cette culture, je m’y sentais quelque peu étranger. Quelque chose n’allait pas. Des connexions ne se faisaient pas. Tandis que l’avion approchait de La Havane ce dimanche matin du mois de mars, une impression de nervosité et d’impatience me traversa tout le corps. Je rentrais à la maison, mais une maison que je ne connaissais pas. Et quand je me suis promené dans les rues de La Havane pendant ces quelques jours, j’ai été submergé d’un sentiment nouveau que je n’avais jamais éprouvé avant – je me sentais Cubain. Les monuments communistes côtoient l’architecture coloniale espagnole en décomposition et les bâtiments modernes qui seront un jour le témoignage de cette nouvelle époque. Les rues, les trottoirs, les galeries impressionnantes remplies d’œuvres d’art audacieuses, confuses ou incroyablement provocantes, pendant que des musiciens sur la place jouent des airs traditionnels et des tubes salsa du top 40. Vous pouvez danser dans la rue, c’est même recommandé. La Fabrica de Arte Cubano – La Fabrica – est l’espace culturel le plus moderne de Cuba, où vous pouvez profiter de jazz cubain, d’art moderne, danse, piano classique et des gens. Oui, le peuple cubain, quelque soit son âge, aime et admire toutes les formes d’art. Un des temps forts fut la visite de la résidence de l’ambassadeur des États-Unis à Cuba, Jeffrey DeLaurentis, nous avons passé un moment avec son épouse Jennifer, et Bruce Kleiner, l’officier des Affaires Publiques à l’ambassade. Lors de notre entrevue enrichissante, nous avons discuté de l’impact de l’art et de la musique sur les changements de la société, en particulier la culture cubaine, et avons partagé nos points de vue sur le nouveau Cuba émergeant ainsi que sur les défis et les opportunités qui en découlaient. J’ai senti des «posibilidad y esperanza» (possibilité et espoirs). Dans un certain nombre de domaines, Cuba est un paradis perdu, et est loin de la perfection. C’est toujours un pays communiste. La surveillance de la population y est répandue, les arrestations de dissidents rebelles au gouvernement, les prisonniers politiques, et une longue liste de droits de l’Homme bafoués. Il y a encore une tenace habitude de plutôt communiquer à voix basse ou par sous-entendus que frontalement et à voix haute. C’est une forme de dialogue très nuancé. Et il est difficile de ne pas avoir le cœur brisé quand un jeune gay vous raconte qu’il rêve de vivre en Amérique, et qu’il construit un bateau en secret pour tenter la traversée vers la Floride – parce que la première fois, il a été stoppé par les garde-côte à seulement quatre miles du but. Cependant Cuba est en train de changer. La communauté LGBT est en plein essor grâce à Mariela Castro, la fille du Président cubain Raul Castro, qui promeut l’égalité, combat la transphobie, et qui œuvre à sensibiliser et sécuriser les lieux professionnels. Il existe de fantastiques «paladares» tenus et gérés par des gays, ces petits restaurants souvent situés dans des appartements privés, et bon nombre de bars et discothèques ouverts tous les jours de la semaine. Mano a Mano est l’un des tous premiers groupe de choristes gays reconnu par l ‘état, et le week-end, les jeunes gays peuvent déambuler d’un bar à l’autre, des terrasses au «Malecon», avec leurs verres à la main, ce qui me rappelait plus les grandes villes européennes que le tiers monde. Ce qui m’a plus épaté, c’est que, ayant été oppressés pendant 50 ans, avec un salaire moyen de 20$ par mois pour survivre et se procurer juste de quoi se nourrir, à vivre dans des quasi bidonvilles, parfois sans même un toit, et malgré tout cela, ils sourient tout le temps. Non, c’est mieux que sourire, ils s’amusent et transpirent cette incroyable résistance, cette force pour trouver des solutions à tout avec joie. Il est bien possible que spirituellement parlant, de nombreux Cubains se sentent bien plus heureux et plus libres que beaucoup d’entre nous. Alors qu’ils sont sur le point de voir les embargos levés, et se préparent à écrire un nouveau chapitre dans l’histoire tragique de Cuba, ils placent leurs espoirs et leurs rêves en nous, en l’Amérique, et au sein de l’Association des Choristes Gays de Los Angeles, nous voulons les aider à écrire ce chapitre. Notre action la plus récente est l’organisation d’un programme international avec Mano a Mano, et cet été, ce groupe incroyablement talentueux va se déplacer à Los Angeles pour célébrer avec nous la richesse et l’héritage de la musique cubaine lors d’un spectacle intitulé «Oyé Mi Canto» (Écoute ma voix), pour en donner un aperçu. D’une certaine façon, le peuple cubain souhaite ce que moi aussi j’ai toujours souhaité : appartenir à quelque chose de plus grand que moi. J’ai trouvé ce sentiment dans le passé grâce à mes frères et sœurs gays, je l’ai retrouvé aujourd’hui grâce à Cuba. CHRIS VERDUGO, Directeur Exécutif de Gay Men’s Chorus L.A.
Par CHRIS VERDUGO 30 mars 2016 article original http://www.advocate.com/commentary/2016/3/30/cuba-new-gay-paradise

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